Petit conte du début, de la fin et du pont-levis

Début, se croyant persécuté par Fin, veut se réfugier et lève le pont-levis derrière lui, une fois à l’abri dans sa forteresse, Amour. Ou bien c’est Fin qui, se croyant persécuté par début, etc., etc. On connaît la suite. Nous oui ; eux non. Que sont Début ou Fin réfugiés dans la tour d’ivoire (Amour), ne sachant rien l’un de l’autre et surtout n’en voulant rien savoir. Une histoire d’amour, comme chacun sait, suppose une réelle rencontre entre Début et Fin, chacun se prenant d’ailleurs souvent pour l’autre. Quand Début et Fin s’enlacent, c’est l’occasion pour que naissent des petits Milieux qui en grandissant se demanderont, à leur tour, s’ils sont début ou fin, ou bien, pragmatiques, se diront que tout début doit avoir ses propres fins, ou joueront sans fin au début, ou encore rechercheront les débuts qui ont pu occasionner leurs propres fins, etc.

Bref, c’est ainsi qu’ils apprendront à tenir un certain milieu, ou alors ils se lasseront bientôt de l’infinie monotonie de ces variations toujours sur le même thème car ils veulent devenir des sages. Pour ce faire, ils actionneront le pont-levis, devenant à eux-mêmes tour d’ivoire. Cela revient à dire qu’ils deviendront eux-mêmes tour d’ivoire. Ils ne représenteront plus la forteresse Amour ; ils deviendront eux-mêmes forteresse en chair et en os - c’est-à-dire, de la chair, il n’y en aura pas beaucoup, il y en aura même de moins en moins, jusqu’à ossification complète. Tissus et muscles deviendront les os rongés par la mâchoire du temps. Forteresse, preux chevaliers, pont-levis… Tout tient dans le maniement des armes : le Moyen-Age, c’est bien connu, est une histoire d’épées. Et de ponts-levis, pourrait-on ajouter. Car un pont-levis mal manié peut transformer une forteresse en catacombes. Si la fameuse épée est devenue anachronique, le pont-levis, quant à lui, reste un mode de combat observable aujourd’hui encore. Car si ce dernier mode de combat est, apparemment, passé à la trappe (aux oubliettes) de l’histoire et si celle-ci n’a plus à craindre les méchants coups d’épée, néanmoins il se pourrait bien qu’elle ait encore - aujourd’hui encore - à se méfier des ponts-levis. Ceux-là mêmes qui, comme on vient de le voir, vous expédient un conte aux oubliettes.

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